Maintien des usages du site, de la biodiversité, lutte contre l'eutrophisation
La Rance est un fleuve côtier breton (Côtes d'Armor et Ille-et-Vilaine) long d'une centaine de kilomètres qui se jette en Manche entre Saint-Malo et Dinard après avoir traversé la ville de Dinan. Ce cours d'eau, fortement soumis à la pression anthropique, est artificialisé en particulier dans sa partie aval où le canal de navigation d'Ille et Rance (1830) et l'usine marémotrice de la Rance (1963) ont été aménagés.
Comme de nombreuses rivières, la Rance subit un important colmatage sédimentaire compromettant le patrimoine naturel des écosystèmes et les usages économiques et ludiques du site.
Ainsi, afin de reconquérir la qualité de l'eau et les usages de la Rance, un contrat de Baie a été engagé en 1998, comprenant, outre les opérations liées à la réduction du flux de pollution d'origine domestique, un volet dit de « Gestion et valorisation des sédiments excédentaires fluviaux et marins ».
Dans le cadre de cette opération partenariale, l'Institution du canal d'Ille et Rance Manche - Océan nord (ICIRMON) est le Maître d'Ouvrage de l'opération d'extraction et de valorisation des sédiments fluviaux, dont l'estimation initiale portait sur un volume total d'environ 1 million de m3 sur le bief du Châtelier (Ecluse de Léhon au barrage-écluse du Châtelier).
L'absence de pollution (micro polluants organiques et métalliques), la nature des sédiments extraits, et le souvenir de leur utilisation agricole, ont rendu crédible l'idée de leur valorisation à terre. Ainsi, entre 1996 et 2002, environ 200 000 m3 de sédiments bruts ont été extraits de la partie fluviale de la Rance et ont été valorisés sur des terres agricoles. Les travaux d'extraction ont été menés en 1996 (5 000 m3), en 2000 (143 000 m3) et en 2002 (53 000 m3).
Suite aux opérations de gestion et de valorisation des sédiments fluviaux engagées dans le cadre du Contrat de Baie de Rance, l'ICIRMON dispose d'un retour d'expérience qu'une étude de stratégie technico-financière réalisée en 2004 a permis d'affiner. Cette étude a permis de faire le bilan des opérations ponctuelles réalisées jusque-là, et d'établir un programme pluri-annuel permettant d'identifier les volumes en place et nécessaires à curer, la technique la mieux adaptée (méthode de curage, lagunes - surface, rythme, coûts, etc.). C'est au cours de cette étude que le volume de vases en place dans le bief a été établi par bathymétrie, et c'est sur cette bathymétrie d'état-zéro que l'étude a pu établir un programme de besoins à 700 000 m3 sur 7 ans.
A l'issue de cette étude, un programme de travaux a été adopté, portant sur :

• La première phase (phase 1) de ce programme a permis de curer 96 000 m3 de matériaux la Plaine de Taden (secteur latéral droit, hors des zones de transports actifs en crues) avec refoulement des sédiments pour séchage dans une lagune située à Taden, déjà utilisée pour les opérations 2000 et 2002. Cette lagune a fait l'objet d'une remise en état complète. Sa remise en culture est effective.
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• La seconde phase (phase 2) de ce programme consiste à curer 70 000 m3 de matériaux dans le secteur de l'Asile des Pêcheurs (hors roselières et zones à frayères) avec refoulement des sédiments pour séchage dans une lagune aménagée en rive droite, à Lanvallay. Les travaux sont en cours.
• La troisième phase (phase 3) consiste à extraire un volume d'environ 100 000 m3 à l'aval de la Plaine de Taden et à refouler les matériaux dans une lagune dont la localisation est à déterminer (rive droite ou rive gauche). Cette opération est prévue pour 2012/2013, les terrains pour l'aménagement d'une lagune étant loués.
Les objectifs du programme de travaux s'inscrivent dans l'action visant à restaurer la continuité du caractère navigable de la Rance et de la biodiversité des habitats aquatiques définie dans le SAGE RANCE approuvé le 5 avril 2004.
Dans un cours d'eau, la sédimentation des particules s'opère lors d'une diminution de la vitesse d'entraînement. Une fois le fond atteint, l'accélération de l'eau est trop faible pour remettre en suspension des éléments. Ainsi, la forme des dépôts dépend de la morphologie et de l'hydrodynamique du site.
Les aménagements successifs de la Rance fluviale, dont la construction des écluses du Canal Ille et Rance et du barrage de Rophémel, ont profondément modifié les écoulements et la dynamique sédimentaire dans le fleuve.

En amont de l'écluse du Châtelier, sur la Rance fluviale, la plaine du Taden présente un élargissement de 500 mètres du cours d'eau sur un kilomètre de long. Cet élargissement important du lit de la Rance dans la plaine provoque une chute brutale de la vitesse du courant, même lorsque l'intensité des crues est forte. Les sédiments décantent alors sur toute la surface de la plaine. Quant au chenal de navigation, il est le lieu de transit des sédiments les plus grossiers pendant les épisodes de crues.
Dans la Rance, la sédimentation est un phénomène naturel amplifié par des actions humaines tout comme leur absence. Dès lors, la sédimentation s'est accélérée sur la Rance fluviale d'une part par le manque d'entretien de la voie et d'autre part par un lessivage accru des terres agricoles alentours.
La sédimentation réduit la hauteur de la lame d'eau et entraîne un réchauffement de la colonne d'eau. Certaines algues opportunistes vont profiter de ce changement ainsi que de l'apport nutritif élevé des sédiments. Leur colonisation, au détriment d'espèces plus fragiles entraîne une eutrophisation de l'eau.
Ainsi, l'origine des sédiments peut être double :
Le secteur compris entre Dinan et Lyvet est soumis aux apports terrigènes du bassin versant qui s'accumulent en amont du barrage-écluse du Châtelier. Il subit un envasement important qui comble progressivement le chenal de navigation et réduit la hauteur d'eau notamment dans la plaine de Taden.
De part sa morphologie (élargissement du canal), la Plaine de Taden fait office de bassin de décantation idéale pour les particules charriées par le bassin versant notamment en période de crues. De plus, la Plaine de Taden est aussi confronté à l'apparition intempestive de développements de micro algues à la belle saison.
Les sédiments extraits de nature argilo-limoneuse présentant une teneur en matière organique élevée seront valorisés en agriculture (reconstitution de sols). Dans l'objectif de limiter la récurrence et l'ampleur de ces phénomènes mais également au vue des quantités de sédiments présents dans la Plaine de Taden, la mise en oeuvre d'une opération de curage va permettre :
→ De diminuer l'eutrophisation : l'augmentation des hauteurs d'eau a pour effet de limiter le réchauffement et la photosynthèse qui, en association avec les apports en éléments nutritifs (azote et phosphore), sont à l'origine des blooms algaux prononcés observés en saison estivale.
Cette eutrophisation massive participe activement au phénomène d'envasement biogène car la phase finale de l'eutrophisation entraîne le comblement accéléré par décomposition d'une biomasse de plus en plus grande.
De plus, le curage des dépôts superficiels récents permettrait d'éliminer les sédiments riches en nutriment à l'origine des relargages de phosphore qui contrôlent les proliférations de phytoplanctons.
→ D'améliorer la qualité trophique de la rivière : l'amélioration globale de la qualité de l'eau est indissociable des apports du bassin versant et seule l'amélioration des pratiques agricoles à l'amont sont en mesure de restaurer de façon significative des qualités d'eau correctes sur les ruisseaux et le plan d'eau. Mais, le dragage de la plaine de Taden aura un effet sur le niveau trophique. L'enlèvement des sédiments, en limitant les concentrations en nutriments, aura pour effet de réduire l'intensité de la prolifération phytoplanctonique et, en conséquence, d'améliorer la qualité de l'eau (turbidité, matière organique, cyanobactéries...).
Cette opération de curage apparaît indispensable sur la plaine de Taden afin de restituer les hauteurs d'eau initiales mais également retirer une grande partie du stock de sols nutritifs existants.
→ D'améliorer la navigabilité dans le chenal aujourd'hui très envasé.
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